mardi 25 novembre 2008

De briochin à hamburger / Bis Briochin zu Hamburger

Jeudi 20 novembre 2008, du matin jusqu'aux alentours de midi


« Je suis curieux de voir qui du pays ou de moi aura le plus changé. »

(Nicolas Bouvier in
Chronique japonaise)

Avant de décoller, je suis sur la route de l'aéroport CDG avec Lucie. On se fait un "adieu" prolongé tout au long de la route en se félicitant secrètement d'avoir un si long trajet à partager. Est-ce que nous nous reverrons vite?


En passant pour la première fois de ma vie devant le Stade de France, des images me reviennent d'un passé "si loin, si proche". Le stade est affublé d'une énorme décoration lumineuse: "10 ans!".


Flashback Il y a dix ans et quelques mois, pendant la coupe du monde 98 et même lors de la finale France-Brésil, j'étais dans le train du retour pour Saint-Brieuc, après deux semaines passées à Francfort chez une turque au joli nom de Zeynep. Je n'ai pas vu la finale à la télé, tout juste étions-nous accrochés aux lèvres d'un enfant qui suivait le match à la radio dans ses écouteurs et a crié de joie, au grand soulagement de tous, par trois fois. En arrivant à la maison, il y avait une ambiance joviale incontrôlée: c'est vrai après tout c'est que du foot mais comme disait Thierry Rolland "Putain qu'c'est bon!". C'est comme si nos nerfs avaient lâché une pression sourde et incidieuse depuis longtemps réprimée. Psssht! C'est l'effet cocotte-minute. Est-ce le sentiment de faire partie d'un groupe, d'avoir enfin un autre passé commun que la guerre, est-ce la fierté d'être pour une fois une nation victorieuse mêlée au soulagement de ne pas avoir été encore une fois une belle bande de loosers...
On a donc fêté mon retour et la victoire footballistique avec des bulles et des bises.
Pourtant je me rappelle que ce moment n'a pas été le plus heureux de ma vie car c'était aussi le moment que mes parents avaient choisi pour déménager vers une ville plus grande et donc pour moi c'était l'adieu à la maison où j'ai grandi (cf la chanson de Françoise Hardy). J'ai donc vécu cette grande fête nationale comme une déchirure personnelle (sortez les mouchoirs). Déchirure atténuée par le fait que je venais de passer mon premier voyage à l'étranger sans mes parents. Comme je n'avais pas participé au remplissage des cartons, je n'ai pu que constater le vide sidéral de la maison et pire, de ma chambre. Ces deux repères essentiels m'avaient été volés, mon château fort s'était évanoui comme dans l'histoire de Perceval. (Allez rappelez-vous de la mère de Bambi et tout ça...)

Voilà donc ce qui m'est revenu à la figure comme un boomerang en passant devant le Stade de France, 10 ans plus tard.
C'est long bordel!

Ca faisait donc 10 longues annés que je n'avais pas mis les pieds en Allemagne et malgré toute la préparation, je me sentais complètement désorganisé mais heureux de carresser les cheveux de Lucie, concentrée sur la route!






J'ai attéri sans encombre à l'aéroport Fuehlsbuttel de Hambourg (HH!), assis entre un éditeur français fatigué, une fatma turque enfoulardée et en béquilles, deux congolais mastocks en costard, somnolents et quatre chinois ravis d'avoir eu des coussins avec le personnel de bord.

Parmi ce panel hétéroclyte de voyageurs, j'étais de loin le moins exotique pour un allemand, du moins en apparence.

Dans ma tête se mélangeaient l'appréhension d'une nouvelle vie et... l'excitation d'une nouvelle vie.
"Vers l'infini et au-delà", telle est la devise que je partageais de manière un peu forcée vu les circonstances et sans grand enthousiasme, avec Buzz l'éclair, héros disney de Toy Story, héros par nature puisque "ranger de l'espace" et héros malgré lui, surestimant ses talents et complètement dépassé par les événements...
Toute similitude avec des personnes existant serait fortuite... Ma dévise à ce moment précis aurait été "vers l'inconnu et advienne que pourra", si je n'avais pas eu ce bon vieux Buzz pour me rappeler au code d'honneur du ranger de l'espace. Allez va, de toute façon je suis plus dreamworks que pixar.

Dans ce cas, jouons-là à l'anglaise, avec style et détachement: affrontons le bourbier dans lequel nous nous sommes fourrés sans broncher, la tête haute et le front magnanime!

Première étape: acheter un briquet (Feuerzeug), un sandwich et un ticket de bus.
Kein problem, tout se fait en bredouillant mais l'essentiel est acquis, je peux enfin fumer mon premier clope à Hambourg après mon premier déjeuner frugal accompagné de mes seules valises. (cf "La solitude" interpétée par Bécaud ou ferré, au choix)
Deuxième étape: rejoindre l'appart' d'Eric et Jérémy sans se paumer: là ça a été une suite de coups de bol à la pierrot (merci ma bonne étoile).
Je finis mon clope, le bus s'arrête devant moi, et le bon en plus, sans rien avoir calculé.Petite incompréhension burlesque avec la conductrice, arrivée à bon port pour choper le U-Bahn 3. Je pose mon sac sur le quai: le métro arrive... Je sors du métro et là patatra, j'ai bien l'adresse de l'appart' mais aucune foutue idée de la direction à prendre. Au pif je prends à gauche, je marche un peu et sans m'en rendre compte me retrouve devant le panneau de la rue "Neuer Pferdemarkt", mon lieu de villégiature (là, ça me rappelle Perceval mais quand il trouve enfin le foutu Graal!).

En transit.


A ce moment précis, je me rends vraiment compte que je ne suis plus "ici" et pas encore "là". Bloqué dans un entre deux, le genre de situation provisoire dont je n'ai pas envie qu'elle dure même si j'y trouve un inconfort plaisant. J'ai quelques jours pour trouver un job, un toît, des amis, une couette, un sac-à-dos, un portable... Je me sens un peu plus libre qu'avant, sans autre attache que ces bagages pesants mais facilement transportables. Nombre de voyageurs ont certainement ressenti ce sentiment de flou, genre "lost in translation" mêlé au sentiment océanique "inventé" par Romain Rolland et si bien décrit dans les récits de voyage de Nicolas Bouvier. Bon ok, je ne suis certainement pas le premier, mais "putain qu'c'est bon!"

Hambourg me voilà!

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Je finis MON clope.
Ca y est tu as déjà perdu ton français...

petrolito a dit…

eh couillon c'est pour le styleebobop!

Anonyme a dit…

Ah oui Lost in Translation, entre toutes ces merveilleuses références, je voulais avoir l'avis de Kefro : est-ce que ça retranscrit bien l'atmosphère festivo cyber-funk de la grande Tokyo ?

Et sinon, une narration des plus plaisante qui témoigne à vif, j'aime beaucoup !

Perso, ma belle Germany, ça fait pas 10 ans que je ne l'ai plus vu, mais ça commence aussi à dater.

petrolito a dit…

De toute façon kefro, le blog c'est comme les frites mc cain (non ce ne sont pas des frites qui perdent des élections), plus on en parle moins en mange. Allez fais ton blog qu'on rigole!